Toujours avant un trip, quelqu’il soit, je ne réalise pas que je vais partir avant d’entrer dans le parking de St Exupéry. Pas de raison à ce que cela change pour ce petit trip irlandais. La
destination étant de plus bien connue et identifiée comme amicale. En revanche, l’idée de participer à un tournoi d’une telle ampleur est déjà plus envahissante. Pas moins de 1200 joueurs sont
attendus, voir 1300 si l’on en juge au nombre de places attribuées sur Boyle poker. Moi qui avait toujours l’habitude d’arriver sur des tournois en tant que champion avec ma garde rapprochée pour
me protéger des mauvais coups, je vais me retrouver dans un environnement inconnu avec pour tout Lieutenant Bigbang. On a connu des situations plus favorables. Autre inquiétude : jouer en
anglais. Vais-je être capable de prononcer mes annonces sans créer la confusion autour de moi ? Est-ce que mon « I fold » ne risque pas d’être confondu avec un « I call »
ou vice versa ? L’accent irlandais qui m’a tant ch
armé par
le passé risque t il de se retourner contre moi à cause d’un croupier récalcitrant ? Si l’idée parait plausible, le simple fait que nos représentants se soient fait comprendre l’année
dernière m’incite à l’optimisme. Leur réserve quand à réussir dans ce genre de tournoi («Ca va être une boucherie », « Le niveau est énorme », « il faut toucher tôt
si tu veux t’en sortir », « Aucun d’entre nous ne passera le day 1 » etc…) est en revanche plus problématique. Pouvons nous remporter ce tournoi ? Avons-nous la moindre chance
de bien figurer ? Pourrons nous nous exprimer dans un grand media irlandais pour parler de notre belle ville de Grenoble ? J’imagine bien M@jk expliquer en anglais que St***ski n’est
pas un nom du grésivaudan et que Grenobleuh iz eu ouonderrefoulle sitti and zatse ze playce Chartreuse iz commingue frome. Rien que pour ça, une victoire grenobloise serait justifiée. Nous autres
français avons de plus à défendre nos réputations de grandes gueules. On devrait bien être une soixantaine là haut et il est hors de question que le classement 2008 ressemble à celui-ci :
1. Colin King
2. David Pook
3. Daniel Rudd
4. Martin Weber
5. Thom Conaty
6. Steven Ritchard
7. Eddie O’Reilly
8. Michael Herron
9. Ken Philpott
10.Kevin Smith
Que des irlandais et des anglais avec un allemand. Pas un Jean, pas un Sebastien, ni même un Nicolas. Moi, je verrais bien apparaître des prénoms comme Elodie, Florent, Thomas ou encore Johann.
Réponse dans moins d’une semaine maintenant.
Tuesday 14th
of October : Préparation mentale et physique
Un séjour à Dublin, c’est toujours une épreuve tant physique que psychologique. Tout ceux qui ont tenté d’aller boire une pinte de Guiness à la St Patrick au O’Callaghan savent ce que c’est. J’ai
notamment souvenir d’une soirée (enfin on a
commencé à 14h, alors le terme soirée….) où nous sommes passés coup sur coup à la brasserie Guiness, puis par le Bad Ass Café (employeur de Sinéad O'Connor dans les années 80)
avant d’arriver par une route encore inconnue à ce jour au Mongolian Barbecue. Traverser la route (pavée) pour enchaîner au Club M reste à ce jour la seconde expérience la plus traumatisante de
ma vie (la 1ère restant ce call abject de Renato). Empêcher Eonistar de finir avec une irlandaise qui avait la tête d’Angela Markel, le fion de Maité et les poteaux de J.Lo restera en
revanche la plus grande fierté de ce séjour. Alors dans l’optique d’être au point pour cette fin de semaine, je suis allé faire un petit foot sous la pluie. Du contact, des embruns, une forte
odeur de transpiration : il ne manquait que l’odeur de vomi pour se croire dans un pub a l’heure de pointe. Et pour l’a
spect préparation mentale, je me suis fini Metal Gear Solid 4 en mode Boss.
Si avec ça je n’arrive pas dans les conditions optimales, ça sera à n’y plus rien comprendre. Il faut cependant reconnaître que comme pour toute préparation pour un objectif non immédiat, il peut
y avoir des répercussions dans le quotidien. Arriver déboîté au taf après 2h30 de sommeil en est une. Surtout pour tomber sur votre patron qui vous annonce « Ca va ? Prêt à parler
anglais vendredi ? ». Très touché que mon patron se souvienne de mes congés et même de ma destination, je lui demande s’il veut que je lui ramène quelque chose, genre une perruque
Rousse. Et tout de suite, je sens l’incompréhension dans son regard. En fait il ne fait pas référence à l’IPO, mais au rendez vous avec le 2ème plus gros client de la boite qui vient
avec ses interlocuteurs écossais pour un réunion Qualité Vendredi matin. Précisions : je suis responsable qualité, le seul anglophone de la boite et c’est moi qui ai pris ce rendez vous il y
a plus de 2 mois. 1er Bad beat de la semaine. Il n’en faudrait pas plus d’ici au départ.
Wednesday 15th of October : Thinking about the speech and presentation.
Djamel Debouzze mis à part, n’importe quel speech de remerciement ne vaut pas un kopeck. Toujours lancé par le traditionnel « je ne m’y attendais pas », cet exercice imposé peut vite se
retrouver sur You tube avec la moitié de l’humanité qui se fout de ta gueule. Pour un évènement européen tel que l’IPO, il parait important de s’y préparer dès maintenant. Les esprits chagrins ne
manqueront pas de souligner qu’il existe quand même une chance, infime certes, que nous ne gagnions pas à Dublin. Ce n’est pas faux. Faut il pour autant hypothéquer ses chances de passer pour la
nouvelle star du poker et pas pour un Willy qui a chatté non stop pendant 2 jours et qui, l’air hagard, se demande encore comment il est arrivé là ? Je ne suis pas sûr. A la réflexion, cet
exercice parait même très compliqué puisqu’il faut dire l’essentiel dans un anglais usuel et compréhensible sans oublier de remercier les collègues, le tout encore tout suant de 24h non stop de
Bad beat et de willage de l’extrême. Faut il ensuite revendiquer son origine en braillant un « GF38, ensemble au sommet, Gare-çon ! » au premier micro qui se tende ? Ou plutôt
faire dans le feutré avec un « Aïe woud laïke tou sank maïe frainds ine France » plus neutre ? Difficile choix. Autre possibilité, l’interview décalée pour les copains.
J’imagine bien bigbang
fanfaronner qu’il a gagné grâce à sa rigueur dans le jeu et expliquer par A+B pourquoi est ce que Q9, ça pète les As, crème. Ou encore voir Willy se plaindre que son manque de réussite continue
même en dehors des frontières, que c’est incroyable d’avoir à attendre la rivière pour toucher sa ventrale sur un bluff pourri qui n’est pas passé. Autres dilemmes, devrions nous remercier les
« Seigneurs » (en Français dans le texte) ou opter pour la version internationale et dire « Lords » ? Devons nous citer Bastien ou plutôt dire God Himself ? Dernière
problématique, ce passage obligé est censé être un moment consensuel où il faut remercier tous les pellos qui ont bossé sur l’évènement. Imaginez que la structure soit un massacre, les croupiers
incompétents et malhonnêtes, le floor manager partisan et le personnel du Regency détestable et non serviable (ce qui serait envisageable pour des espagnols et des chinois sous payés qui ne
parlent même pas l’anglais)? Faut il remercier quand même ou faire le scandaleux qui vient chercher son chèque en PhilHellmutant tout le monde ? Une fois de plus je ne sais pas. Et l’idée de
se dire que je n’aurai probablement pas à me poser la question ne me rassure qu’un peu. Autre question me tarabustant : que porter ? Les joueurs qui feront une belle performance auront
leur tronche dans des canards de poker, sur des sites Web voir même dans les médias locaux. Comment se présenter à la face du monde ? Avec un raffinement à la française (3 pièces – Cravate +
nœud de papillon pour la TF) ? A la newschool (Spixou style) avec des écouteurs gr
os comme des casques de chantier, des Ray Ban modèle « Aviator
limited edition Vegas» et un sweat « Pokerstars » acheté $65 ? En Casual avec polo Rose et bermuda de sport ? A la RK style avec un maillot du GF38, l’écharpe et le programme de
GF38-Nantes à feuilleter ? Certains d’entre nous sont la classe incarnée et n’ont vraiment pas à se soucier de ce genre de détail (par exemple Lorenzo et sa chemise), mais pour ceux qui,
comme moi, n’ont pas ce coup d’œil fashion, c’est beaucoup plus compliqué. C’est un coup à finir avec le tee shirt Beijing 2008 de RSF et un jean, peu original, mais toujours efficace. Allez, je
me reposerais la question samedi soir, si le besoin s’en fait ressentir.
Dublin, son stade mythique de Lansdowne Road (fermé depuis 2007 au profit de Croke Park), son « Spire » de 120m de haut, son Heineken Time sur O’Connell Bridge, son Hapenny Bridge sur
la Liffey et bien sur ses pubs. Il y a plus de 70 ans, James Joyce eu cette phrase qui garde tout son sens de nos jours : « A good puzzle, would be to cross Dublin without passing a
pub ». Je vais vous faire économiser du temps, n’essayez pas, c’est impossible. L’Irlande est en effet connue dans le monde entier pour son fighting Spirit légendaire et pour sa vie
nocturne, celle si se passant en grande partie dans les pubs et les late pubs. Le mode de vie Anglo saxon diffère complètement du notre : une soirée française commence à 21h pour finir très tard alors qu’une soirée irlandaise commence au sortir du bureau à 17h pour finir vers 23h. Résultat : dès 20h, on
commence à croiser des gens heureux dans la rue, souvent par grappe et pas toujours très vêtus (ues). Une fois que vous rentrez dans un pub irlandais, un nouveau monde s’ouvre à vous : les
gens viennent vous parler, puis lorsqu’ils s’aperçoivent que vous êtes étranger, ils veulent savoir d’où vous venez, a quoi ressemble votre pays et pourquoi vous êtes à Dublin. Certains proposent
même le gîte et le couvert. Aspect plus piègeux pour nous autres Français, l’irlandaise est aussi très chaleureuse. Et ce n’est pas toujours parce qu’elle s’intéresse à vous. C’est bien de le
savoir avant d’y aller. Si vous avez peur de ne pas vous rendre compte si vous l’intéressez vraiment, je peux vous rassurer : vous vous en rendrez compte par vous-même assez vite. Dommage
que la majorité de notre équipe ne soit pas en mode chasse, cela aurait pu donner compte à de savoureux compte rendus. Cela dit, on peut compter sur Bigbang pour faire honneur à notre réputation
de french lover (il devrait avoir le temps pour cela puisqu’il compte être libéré de ses obligations vis-à-vis de l’IPO vers 16h samedi).
Lorsque mardi je parlais de préparation physique, je faisais allusion au rythme de la vie nocturne Dublinoise. Une bonne soirée commence tôt et finit tôt, mais le rythme est très soutenu. Les
autochtones sont d’ailleurs impressionnants en terme de descente, filles comme garçons. J’ai souvenir voir des piliers de rugby en goguette fléchir vers 20h alors que leurs amies Irlandaises qui
pesaient moins de 50kgs étaient en train de les secouer pour les réveiller. L’histoire ne dit cependant pas qui s’est fa
it secouer plus tard dans la nuit. A l’alcool omniprésent, il faut rajouter les différents trajets dans une soirée, souvent à pied, pour aller d’un lieu
de débauche à un autre, puis également le retour chez soi à la limite du coma éthylique (le taxi est d’ailleurs un bon palliatif). Je ne pense cependant pas que nous n’aurons des problèmes de ce
type, puisqu’au pire, si un besoin d’exfiltration se fait urgemment ressentir, nous disposerons d’un véhicule, d’un plan d’accès à l’hôpital et d’un chauffeur sobre.
At Last. Après plus d’une semaine de préparation intensive, le jour du départ est arrivé. Lever difficile après le cash de Jean Phi de la veille, derniers contacts téléphoniques avec les membres
de l’équipée sauvage et nous voici en voiture vers Moirans, lieu de ralliement. 1er Bad beat : Rocade Sud bouchée dans un sens à midi (le notre).
2ème Bad beat : une caravane qui s’est mise en travers sur l’autoroute de Lyon, plus qu’une voie de disponible. Fort heureusement, le responsable logistique avait prévu large.
Nous voici donc arrivés chez M@jk et Elo pour un départ vers St Exupéry à 13h3
0. Timing nickel qui nous amène vers un check in presque parfait. Il l’aurait été si M@jk avait répondu oui à la question « Avez-vous fait votre bagage
vous-même » ? Une des questions bien connues du genre humain où la réponse est toujours oui telles « Tu m’aimes ? », « Ce manteau me va bien ? » ou
encore « Qu’est ce que ta nouvelle secrétaire est Vilaine !!! ». Une séance de Massage et une bouteille de Chartreuse Verte acquise, nous voici dans l’avion avec un Bigbang qui
blanchissait au fur et à mesure que la deadline approchait. Jusqu’au Climax du décollage où il a complètement perdu les pédales. Je l’ai vu suer à grosses gouttes et perdre l’équilibre.
Apparemment, même son regard s’est troublé. Nous avons du appeler une hôtesse (Move rarissime sur un décollage avec l’avion incliné à près de 30°) pour qu’elle lui trouve un verre d’eau. Et
pendant 2h, il sera à l’écoute de tout bruit suspect. L’atterrissage à Dublin m’a permis de retrouver sur son visage ses sourires datant des ses premiers moves idiots. Nous retrouvons sur le
tapis d’arrivée des bagages des
membres de
Lyon Holdem ainsi que le Fameux Schmil. 30 minutes d’attente pour récupérer 2 valises et nous sommes en route avec la navette de Hertz vers le dépôt de véhicules. Quelques minutes sont
nécessaires pour réhabituer mon oreille à la douce sonorité de l’accent irlandais. « Sir, we’re out of Alfa Roméo’s, we‘re going to get you an upgrade, can you drive automatic? ».
Tiens, encore une question où la réponse par défaut est oui. « Is a BMW 530D good enough for you, Sir? ». Ca ira, on s’en accommodera. Nous sortons pour
récupérer notre bétaillère à chameau pour voir que le préposé disait vrai : nous avons une BMW série 5 pour le Week end. Intérieur cuir, sièges chauffants et boite auto n’étant que quelques unes
des options du véhicule. Après la prise en main du véhicule (dont 15 minutes juste pour le démarrer et 5 de plus pour mettre la marche arrière), nous sommes sur la route de Dublin centre. Un
petit crochet extérieur et nous trouvons la résidence hôtelière presque du 1er coup, grâce au soutien technique du GPS de l’IPhone. L’appart est moins flashy que sur les photos mais
reste d’un standing assez exceptionnel pour le prix que nous mettons dedans. Nous avons 2 chambres, une cuisine, une belle SdB et un salon tout équipé. La buanderie restant avec la cuisine les
deux pièces retenant l’intention d’Elo. Commentaire de M@jk « C’est là que tu vois que nous ne sommes vraiment pas fait pareil. »
Premier jour a Dublin = Première soirée à
Dublin. Le consensus général étant d’aller casser la tronche à un Burger King, nous arrivons sur O’Connell street guidé par le fameux Spire de 120m de haut. On dira ce que l’on veut, mais le XL
Bacon Double Cheeseburger Meal, on n’a pas fait mieux depuis longtemps. Puis nous nous dirigeons vers Temple Bar à la recherche d’un lieu de perdition. Nous nous engouffrons dans le « Temple
Bar Pub » (How Original….), Veritable in
stitution irlandaise. Pouvez-vous imaginer un Pub seul qui soit suffisamment célèbre pour disposer de sa propre marque de vêtement et d’un shop pour la vendre grand comme l’office du
tourisme de Grenoble ? Eh bien, c’est le cas de ce pub, limité à 600 personnes, par ordre du management. Elodie hallucine sur les tenues des jeunes filles irlandaises par 6°C ainsi que sur
leur maquillage qui tend parfois à être un poil chargé alors que Bigbang peut enfin s’enquiller sa 1ère Guiness du séjour. Puis sa 2ème, puis sa 3ème, puis
d’enchainer sur la Kilkenny. Alors que nous sommes dans la cours intérieure avec tous les fumeurs, deux filles se retournent vers nous « Vous êtes Français ? ». Eh merde, le
pattern se répète à l’infini. Trop content de pouvoir draguouiller sans même se faire chier à parler anglais, le Bigbang s’installe et commence à tripper un peu sur l’une des deux filles, celle
originaire d’Eteaux en Haute Savoie répondant au doux nom de Gaëlle. Sa copine chambérienne correspondant plus aux standards irlandais pouvait dire à ses prétendants
gaéliques qu’elle s’appelait
Aurélie. Si ce n’est pas malheureux d’affronter une crise de panique en avion et de se taper autant de bornes pour brancher des savoyardes….. Et je vois mon Flo qui commence à
roucouler et qui lui propose de boire un verre. Elles sont très sympas mais ne semblent pas disposées à finir avec notre Bigbang National. On retentera demain. Elodie et Thomas rentrant se
coucher, nous sommes donc livrés à nous même et nous enchainons un late pub, ouvert jusqu'à 2h30. Les Kilkenny et les Guiness commençant à faire leur effet, je sens que Bigbang monte en
température et que l’appareil Photo et la camera dont je dispose vont peut etre faire des shoots sympas. Flo pas convaincu par le cheptel de jeunes filles présentes dans le pub, mes deux
confidents numériques resteront dans la sacoche. Allez, y’a poker Demain. Déjà que Vieto était à 60K sur un average à 15K, il va falloir continuer à représenter le grenoble qui gagne. Et Bigbang
qui est allé se coucher Pilo est notre porte drapeau…….
Bilan : Une BMW à la place d’une Alfa, Un burger King à 10€ par tête, une première cuite de Bigbang à la bière, coucher 5h du matin. Lever dans 6h. J’adore ce pays.